Expérimentation FFF des caméras portatives

Publié le 31/01/2026

Caméras embarquées : la FFF passe à l’action pour protéger les arbitres.

Tolérance zéro face aux incivilités et aux violences sur les terrains

La protection des arbitres est devenue une priorité absolue du football français. À l’occasion de l’Assemblée fédérale du 14 juin 2025, le président de la Fédération Française de Football, Philippe Diallo, annonçait le lancement d’un plan d’action d’ampleur inédit destiné à prévenir et lutter contre les incivilités et les violences, sur les terrains comme en dehors. Parmi les mesures phares de ce dispositif, l’expérimentation des caméras embarquées portées par les arbitres amateurs constitue un signal fort envoyé à l’ensemble du monde du football.

Une expérimentation concrète sur le terrain

Cette volonté fédérale s’est récemment traduite par une action très concrète. Le dimanche 25 janvier dernier, Philippe Diallo, accompagné du directeur de l’arbitrage Antony Gautier, s’est rendu dans le district d’Ille-et-Vilaine afin de superviser la mise en œuvre du dispositif de caméras portatives lors de rencontres officielles identifiées comme sensibles.

À cette occasion, les équipes de communication de la FFF ont réalisé un reportage immersif, en suivant l’arbitre de District de la rencontre au plus près de son action. Ce document, disponible sur la chaîne YouTube de la Fédération, offre une plongée inédite au cœur de l’arbitrage et permet de mieux comprendre le fonctionnement et l’intérêt de ce dispositif innovant. D’une durée d’une quinzaine de minutes, cette vidéo met en lumière l’impact apaisant de la caméra embarquée sur le climat des matchs et sur le comportement des acteurs.

Nous invitons vivement l’ensemble des clubs, arbitres et licenciés à visionner et relayer ce contenu, véritable outil de sensibilisation au respect de l’arbitrage.


Un outil dissuasif et protecteur

Inscrite dans les Lois du Jeu de l’IFAB, la caméra portative constitue avant tout un outil de prévention. Son port par l’arbitre vise à dissuader les comportements déplacés et à rappeler que les actes et paroles tenus sur un terrain peuvent être constatés et analysés.
Les images captées sont mises à disposition des commissions de discipline en cas d’incident, renforçant ainsi l’efficacité des procédures et la crédibilité des décisions prises.

Antony Gautier souligne que ce dispositif s’inscrit dans une démarche globale et structurée : « Nous sommes en présence d’un niveau d’action jamais atteint à l’échelle de la Fédération. C’est la première fois que la FFF s’engage de manière aussi large et aussi significative en termes de dissuasion et de répression en faveur de la protection des arbitres. »

Un déploiement ciblé et basé sur des données objectives

Pour cette première phase, le déploiement des caméras embarquées concerne 42 territoires, répartis entre la métropole et l’outre-mer, incluant trois ligues (Corse, Martinique, Réunion) et trente-neuf districts.

Les territoires ont été identifiés à partir de l’outil « ressenti arbitres », mis en place en août 2023 sur le portail fédéral. Après chaque match, les arbitres répondent à deux questions essentielles portant sur les comportements irrespectueux rencontrés et sur leur sentiment de sécurité physique ou psychologique. Ces données permettent d’objectiver les situations à risque, d’accompagner les territoires concernés et de cibler les rencontres nécessitant une intervention particulière.

Pour la saison en cours, 185 caméras ont ainsi été déployées, représentant un investissement de 90 000 euros. Les premiers retours sont particulièrement encourageants, à l’image de l’expérience menée dans le district de la Loire, où aucun incident n’a été constaté sur près de 140 matchs équipés du dispositif depuis cinq ans.

Un plan global et sans précédent

La caméra embarquée s’inscrit dans un arsenal de mesures complémentaires visant à restaurer l’autorité de l’arbitre et à garantir sa sécurité. Caméras de bord de terrain, dispositif « Temps mort », exclusion temporaire (carton blanc) ou encore alourdissement du barème disciplinaire composent un plan fédéral ambitieux, qui comprend 23 mesures au total.

Pour la saison actuelle, la FFF consacre 3,4 millions d’euros à la protection et au déploiement de l’arbitrage dans les ligues et les districts. À ce jour, près de 80 % des mesures prévues sont déjà réalisées ou en cours de mise en œuvre, traduisant une détermination claire à faire évoluer durablement les pratiques.

Les arbitres au cœur du dispositif

Les retours du terrain sont unanimement positifs. Les arbitres se disent rassurés, soutenus et renforcés dans leur mission, reconnue comme mission de service public par la loi Lamour de 2006, laquelle prévoit des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à des peines de prison en cas de violences à leur encontre.

L’objectif affiché est clair : fournir rapidement aux ligues et aux districts des outils concrets, laisser le temps de l’expérimentation, puis dresser un bilan en fin de saison afin de décider d’une éventuelle généralisation ou d’une obligation réglementaire.


Le District des Hautes-Pyrénées pleinement engagé

Bien que le DHPF n’ait pas été initialement retenu dans la première phase de déploiement fédéral, il a d’ores et déjà exprimé sa volonté de bénéficier des mêmes dispositifs et matériels que ceux mis à disposition par la FFF.

Cette démarche proactive s’inscrit dans une volonté claire de protéger les arbitres du territoire et de contribuer à l’amélioration du climat autour des rencontres. La mise en place de ces dispositifs dans le district est prévue prochainement. Affaire à suivre.


Caméra, mode d’emloi

Un usage strictement encadré et sécurisé

Face au risque pour les droits et libertés des personnes concernées, la FFF a réalisé une Analyse d’Impact relative à la Protection des Données (AIPD), aux fins de rendre le dispositif respectueux de la vie privée et de démontrer sa conformité au RGPD. La FFF a rédigé une « AIPD Cadre » étudiée et approuvée par la CNIL. Le stockage et l’utilisation des images se fait via une plateforme sécurisée. Les caméras sont du modèle de celles utilisées par les policiers. En cas de vol, impossible d’en extraire les images (pas de carte SD).

Quel est le fonctionnement d’une caméra ?

Les arbitres ont reçu une formation pour leur installation et leur utilisation.

  • La caméra tourne en permanence, mais les images sont enregistrées uniquement quand l’arbitre appuie sur le bouton d’enregistrement.
  • Grâce à une zone tampon, l’enregistrement débute automatiquement 30 secondes avant le déclenchement du bouton enregistrer, afin de capter l’incident qui aurait incité l’arbitre à l’activer.
  • L’enregistrement s’arrête dès que l’arbitre appuie sur le bouton stop.
  • En cas d’activation par l’arbitre central, un voyant lumineux s’allume, afin que les personnes concernées soient informées de cette activation.
  • L’activation de la caméra par l’arbitre est autorisée dans les zones suivantes : le terrain, les accès au terrain, les déplacements de l’arbitre central et le cas échéant dans le vestiaire de l’arbitre central.

(Photo Lucas BRONCHART / ICON SPORT).

Que deviennent les images après le match ?

  • La conservation des images porte sur les 30 dernières secondes qui précèdent l’activation et jusqu’à l’arrêt de l’activation par l’arbitre central.
  • Si aucun fait n’a été révélé dans les rapports des officiels (arbitres, délégués), les images enregistrées sont détruites.
  • Les images enregistrées sont stockées sur une plateforme dédiée. Seuls des référents caméra (1 ou 2 par territoire) possèdent les codes pour y accéder.
  • Tout accès à la plateforme (dépôts des images, visionnage, extraction) est tracké : on sait qui a regardé quoi et quand.
  • Une Commission de discipline a 30 jours après la date du match pour réclamer les images.
  • Les enregistrements sont transmis sur support sécurisé par le référent caméra. Ils peuvent être présentés à l’audience. Les enregistrements sont conservés le temps de la procédure disciplinaire, puis supprimés.

 

Par Mohamed EL MAADIOUI

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